PELLOS
 
Caricaturiste, dessinateur de presse, illustrateur et dessinateur de BD, Pellos est le père adoptif des Pieds Nickelés. Aussi à l'aise dans le dessin réaliste qu'humoristique, Pellos était un véritable athlète du crayon. Son style très particulier est connu également de toute une génération de Français, puisqu'il couvrit pendant de très nombreuses années le Tour de France, rapportant pour les journaux spécialisés, avec ses dessins croqués sur le vif, les moments les plus spectaculaires de cette épreuve populaire.
Cet article sélectionne quelques citations de Pellos parlant de son art; citations qui sont autant de remarques et de conseils éclairés pour les dessinateurs recherchant la spontanéité du trait.

De parents savoyards, le petit René Pellarin, futur Pellos, né avec le siècle, à Lyon le 22 janvier 1900. Alors qu'il a 4 ans, sa famille va s'installer en Suisse.
Attiré très vite par le dessin, ses parents voient d'un mauvais oeil la "vocation" du petit. Pellos dessinait donc avec des moyens improvisés: cornets d'emballage de l'épicier et crayons "barbotés" par ci par là. Très vite, Pellos réalisa un fanzine avec un camarade, qui fut tiré à 400 exemplaires, avant de se faire condamner en 1916 à une amende, le journal amateur n'ayant pas les autorisation ad hoc. En Suisse, il ne fait pas bon plaisanter avec la loi ! Mais, le virus est tenace et Pellos ne cesse de dessiner. Ses parents tentent de lui donner une formation à l'école des Beaux-Arts de Genève... qu'il quitte en claquant la porte dès la première leçon. Pellos n'aura donc appris son métier que "sur le tas". Son "coup de patte" lui permet d'entrer dès 16 ans comme dessinateur de presse dans un journal satirique, "Le Gugusse", puis dans d'autres journaux régionaux.
Parallèlement, il pratique le football, le rugby, la boxe et collabore à des journaux sportifs. Rapidement adopté par le public, il lui fut rapidement proposé de suivre le Tour de France, dont il fut le dessinateur de presse et caricaturiste fétiche pendant de nombreuses années.
La carrière de Pellos fut prolifique en bandes dessinées et, même s'il ne s'agit pas de son oeuvre majeure, sa production d'un centaine d'albums des Pieds Nickelés en 30 ans, après la dernière Guerre mondiale, marqua l'univers de la BD.
Moins connu, mais sans doute plus original, il révolutionna le style science-fiction avec Futuropolis, une superbe bande dessinée de SF, vraie comic-book avant la lettre, parue dans Junior de 1938 à 1940.


Le dessin sportif
« Le dessin est capable de transcrire le mouvement, la vitesse, le déséquilibre, alors que la photographie fige les personnages. Le dessin saisit l'action dans son moment le plus intense, le plus dramatique. Si la photographie a la valeur d'un document témoin, faut-il encore que le témoin soit présent au moment de l'évènement. Le dessinateur, lui, pour avoir assisté à des moments semblables et à la vue de quelques indices, le relate et en donne un témoignage visuel. »


Ce croquis rapide vaut mieux qu'une photo.


Roi de la trogne, champion de la caricature, Pellos s'est payé tout ce que le sport et le cyclisme compte de vedettes: Louison Bobet, Jacques Anquetil et Bernard Hinault sont passés à sa moulinette. Pour l'anecdote, Pellos travailla au deuxième bureau en 1939-1940, comme directeur du service psychologique du 14ème corps d'armée, où il met son sens de l'observation au service de la France... "J'arrive au point où lorsque je vois quelqu'un, je détermine tout de suite à qui j'ai affaire, je sais si je suis en présence d'un brave type ou d'un être louche...", affirmait Pellos.


La bande dessinée
« Je travaille beaucoup de mémoire, quelquefois m'arrive-t-il de consulter le dictionnaire pour un détail mais, bien souvent, surtout pour les séries humoristiques, je préfère la fantaisie au réalisme systématique. Ma planche est avant tout graphique, elle doit avoir une certaine esthétique, au diable le style "copie-conforme". De toute façon, c'est toujours de la réalité que l'on part. Il faut savoir dessiner de façon classique avant de déformer pour la caricature ou l'humour (...).
On reconnait un bon dessinateur à la façon dont il anime les mains. Une main doit être expressive, c'est très délicat de lui donner vie. Ceux qui camouflent les mains ou qui ne font que les ébaucher sont des charlatans du dessin (...).
J'ai toujours essayé de livrer un travail correst, mais je sais que je ne suis qu'un épicier du dessin. »


Pellos dessine à l'emporte pièce, tout en spontanéité. Quand il faisait de la BD, Pellos pouvait travailler 14 heures par jour et ne passait pas plus de deux heures et demi sur une planche. Ce qui fait près de six planches par jour ! On comprend mieux comment Pellos publia une centaine de BD au cours de sa carrière.

"J'ai eu du plaisir à réaliser des séries basées sur le mouvement, la volonté, l'héroisme, qualité spécifiquement sportives. Ceci correspond à mon tempérament: je suis un râleur, un fonceur (...).
Goscinny, que je connaissais depuis longtemps, m'a demandé de travailler pour Pilote, ce à quoi je ne voyais pas d'inconvénients. Il m'a remis un scénario de Fred, charmant garçon au demeurant. Nous n'étions pas sur la même longueur d'onde. Fred est un rêveur, un poète, moi un homme d'action (...)."

Pellos, aussi à l'aise dans le style réaliste (en haut, série Jean-Jacques Ardent) que dans le style humoristique (en bas, série Tonton Quichot).
En 1948, on lui proposa de reprendre les Pieds Nickelés. "Je dois bien l'avouer que je n'aimais pas beaucoup ces personnages et surtout le dessin raide de Forton, moi qui m'appliquais à donner une certaine souplesse à mon dessin." En effet, quand Georges Offenstadt propose à Pellos de reprendre les Pieds Nickelés, celui-ci refuse d'abord, puis hésite et demande réflexion. Pellos accepte finalement à condition qu'on lui laisse la bride sur le cou. Résultat, les anarchistes de Forton reçoivent une pétaradante décharge d'adrénaline. Pendant plus de 30 ans, les Pieds Nickelés vont connaître d'ébouriffantes aventures où, le mojns que l'on puisse dire, Pellos va droit à l'essentiel.

Les trois Pieds Nickelés, par Pellos

 

Avec Forton, les personnages sont toujours de profil,
ce qui témoigne d'une maîtrise très relative de la représentation des personnages.

 

Avec Pellos, la mise en scène est plus vivante et diverse. Croquignol est devenu grand, mince, élégant. Filochard, c'est le petit roublard. Ribouldingue, c'est le bon gros, un peu "couillon".
"(...) J'ai choisi de leur donner une personnalité plus accrue pour chacun d'eux. Ils sont plus roublards que méchants, ils n'aiment pas les institutions (...)"



Le scénariste principal des Pieds Nickelés fut Pierre Colin (1913-1983), alias Montaubert, dont la profession initiale était... juge de paix ! Sans doute trouva-t-il dans son métier de multiples exemples de coups fumeux pour les Pieds Nickelés.

L'avis de Jean-François sur les Pieds Nickelés de Pellos

Le dessin de Pellos est vif, un peu vulgaire. Les bandes des Pieds Nickelés sont dessinés visiblement "au fil de l'eau", sans réflexion approfondie sur l'organisation de la narration mais l'alternance de plans généraux et de gros plans la dynamise cependant. C'est fait, visiblement, très rapidement. Le style ressemble à du Jijé humoristique (Blondin et Cirage). C'est tout en lignes très souples, avec des personnages typés et caricaturaux. Très peu académique, Pellos déforme l'anatomie, raccourcissant sans complexes les jambes ou les bras selon les nécessités du cadrage et de la mise en scène.

Pellos est décédé en 1998, à 98 ans, alors qu'il était le doyen des dessinateurs de bandes dessinées français.


Sources : Pellos, main d'or et Pieds Nickelés, Jean-Paul Tiberi, Seld (1992), Pellos, roi du sprint, dans Circus n° 98 (1984), Remember Pellos, Hop n° 78 (1998), Astérix, Barbarella et Cie, Trèsors du musée de la bande dessinée d'Angoulème, Thierry Groensteen, Somogy (2000).