Décryptage ...
Les RACCORDS entre les CASES de Jacques TARDI
par Philippe Gorgeot (pour accéder au site de Philippe, cliquez ici)
 

Chaque « décryptage » vous propose la lecture détaillée d’une page de bande dessinée selon un critère particulier qui peut retenir l’attention du bédéiste amateur. A vous ensuite d’en tirer parti.
Cette fois ci, au menu...

L’auteur: Jacques Tardi
L’ouvrage: « Le der des ders », scénario Daeninckx
L’extrait: la planche 2
Le paramètre retenu: les raccords entre les cases


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Indépendamment de ce qu’il nous raconte, le texte, placé dans les bulles ou les cartouches, occupe dans cette page une position qui facilite le passage d’une case à une autre. Le dessin s’articule autour de grands axes. Le texte et le dessin concourent simultanément à la lisibilité du récit. L’un renvoie à l’autre et vice-versa.
Nous verrons ici comment TARDI répond aux problèmes posés par :

  • Le sens de lecture ( de gauche à droite)
  • Le lien visuel assuré par la position des textes
  • La situation des éléments dessinés dans la composition des vignettes et de la planche.

Case 1 : le véhicule « entre »par la gauche de l’image et l’oblique nous amène sur le triporteur et la grue ( l’image acquiert ainsi de la profondeur) puis sur le texte à lire.

Case 1 à 2 : le troupeau de moutons est situé sur le même axe de composition que le véhicule de la case précédente et que l’ensemble de la composition de celle-ci.
Le récitatif est placé à cheval sur les deux cases. Le cartouche est ouvert à hauteur des derniers mots du texte afin d’enchaîner sur la lecture de la bulle. Celle-ci nous entraîne vers le véhicule placé en amorce sur la droite. Cette situation nous aide à « sortir » de l’image et à poursuivre sur le strip suivant.

Case 3 : la troupe des soldats entre par la gauche de l’image. On associe celle-ci au troupeau de moutons de la case 2. Le dessin complète ainsi le propos tenu par le texte : Craonne et Verdun = La Villette = abattoirs. Et soldats = moutons.

Case 3 à 4 : le texte est à nouveau placé à cheval sur les deux cases selon le même procédé qu’au-dessus. On lit la première bulle puis on découvre le visage de celui qui parle. C’est la première fois dans l’histoire que l’on voit son portrait, c’est aussi le premier plan rapproché. Il est présenté selon le même axe que le véhicule qu’il conduit et situé sur la case juste au-dessus. On s’arrête sur son visage puisqu’il est placé dans le sens inverse du sens de lecture et parce qu’il nous interpelle directement. On lit la seconde bulle alignée avec la première mais de l’autre côté du visage. On peut alors descendre sur la carte de visite qui complète les présentations et nous entraîne vers le 3eme strip.

Case 5 et 6 : l’angle de vue est modifié mais la taille du plan est relativement identique. On se retrouve de l ‘autre côté du personnage et on reprend le sens de lecture pour « rentrer » dans le strip puis on recule pour découvrir le décor environnant. Le procédé est semblable aux cases précédentes mais le mouvement est donc inversé. Les bulles sont rapprochées de l’intercase : cela facilite leur lecture et permet la découverte du dessin.


A notre tour, établissons des liens entre nos vignettes dans nos créations

En utilisant les axes de composition

*Avant de dessiner, on peut tracer un axe principal sur une case. Celui-ci guidera l’œil du lecteur dans la découverte de celle-ci. On construira alors les éléments (texte et dessin) autour de ce dernier que l’on effacera ensuite. On pourra reprendre le même axe sur d’autres cases pour établir un lien entre celles-ci.


En répétant des éléments dessinés mais en modifiant le cadrage

*On peut reprendre un élément de dessin, ne pas modifier sa position mais le montrer de plus près ou de plus loin.

  •  Avancer
    Pour cela, on peut se fabriquer de petites fenêtres en papier de différentes tailles selon les grosseurs de plan souhaitées. On pose la fenêtre (selon la taille voulue) sur le premier élément dessiné puis on dessine ce que l’on voit à l’intérieur. On peut ainsi obtenir le même
    Sujet avec un plan plus resserré.
  •  Reculer
    On décalque l’élément que l’on souhaite conserver et on le reproduit dans une case de plus grande taille en le plaçant où l’on veut. On complète l’image.

*On peut aussi se déplacer ou tourner autour de cet élément pour le montrer de différentes manières.
Le papier calque peut ici s’avérer également utile. On prend les contours de l’élément de dessin retenu. On joue sur la réversibilité pour montrer un côté ou un autre de ce dernier. On peut faire de même avec la face et le dos. On peut « couper » la forme comme on le désire en la déplaçant et en l’interrompant par un bord de case.

En respectant le sens de lecture

* Au moment d’effectuer le découpage graphique, on trace le parcours à venir de l’œil du lecteur sur la page encore vierge (seules les cases peuvent être figurées). On situe alors les éléments clés du dessin ainsi que les bulles et les textes comme des jalons sur ce parcours.