L'ART d'Edmond BAUDOIN

par Jean-François et Jean-Jacques

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Vignette de Flip cocaVenu tardivement à la bande dessinée, Edmond Baudoin y poursuit une carrière discrète, publiant des albums en noir et blanc d'une qualité et originalité indéniables. Admirez l'artiste et sortez de la sacro-sainte ligne claire.

Né en 1942, Edmond Baudoin est un pionnier et une référence de la BD alternative. Ancien expert-comptable (cela mène à tout, à condition d'en sortir !), il propose une BD d'auteur et très personnelle. Edmond Baudouin se vend difficilement en France. Il fut publié au Japon, il y a quelques années, avec d'autres auteurs français. Ce fut le seul à y avoir un certain succès. Comme quoi il est difficile d'être prophète en son pays.
Parallèlement à sa carrière d'auteur, Baudoin enseigne le dessin.

 

Un regard tendre sur ses contemporains
L'autobiographie est une des thématiques prépondérantes de la bande dessinée alternative et Edmond Baudoin si adonne sur un mode pudique. Mais ses préoccupations ne sont pas limitées à la sphère de l'intime, Baudoin a mis aussi en BD des scénari originaux.
La vocation narrative des bandes dessinées de Baudoin passe avant la séduction graphique. Ses oeuvres ne semblent pas construites dans leur globalité mais se présentent comme des sortes de vagabondages. Il nous touche par sa proximité avec son travail et la profondeur des émotions qu'il nous inspire.
Et pourtant, cette vocation bande dessinée n'était pas évidente, ayant commencé pour des raisons plutôt alimentaires.
"Rien ne m'y prédisposait. Enfant, je n'étais pas lecteur de bandes dessinées. Et, au début, l'idée de devoir redessiner sans cesse le même visage m'ennuyait. Mais, peu à peu, en faisant de la bande dessinées, je me suis aperçu que j'aimais raconter des histoires. Maintenant, je suis même tenté par le roman, sans dessin."
A
vec Baudoin, le lecteur entre dans le récit par la sensibilité de son regard plus que par le signifiant apparent.

La BD - peinture
Edmond Baudoin se réfère graphiquement plus aux peintres du 19e et 20e siècles qu'aux références BD. Travaillant exclusivement en noir et blanc, il ne s'occupe pas de pleins et déliés, de profondeur de champs,...

Extrait "La diagonale des jours"

Page de La diagonale des jours, correspondance par Edmond Baudoin et Tanguy Daholleau (Ed. Apogée, 1995). Les textes off sont omniprésents chez Baudoin. Le personnage "fil de fer" ne vous fait-il pas pensé au scultures de Giacometti ?

 

Il est notoire que Baudoin ne fait pas de crayonné avant d'encrer ses planches. C'est de la bande dessinée sans filet.
"Je prends une feuille blanche. Le blanc renvoie toutes les couleurs. Le pinceau fait une tâche, c'est le début du trait. Le noir aspire toutes les couleurs, c'est un trou noir. Le trait envoie des messages auxquels il faut que je réponde instantanément. Je répond en même temps à tout ce qui se passe autour de moi. Le deuxième trait répond au premier et à lui-même. Mais ce qui est magique, c'est le trait blanc qui apparaît entre les deux traits noirs. J'ai un début de maîtrise du premier trait mais pas de maîtrise du tout du trait blanc. C'est l'espèce de bonheur que donne le dessin. C'est ce qui fait que je dessine depuis si longtemps. A chaque fois, c'est comme une promenade dont je ne connais pas la suite."
Les planches de Baudoin apparaissent comme des oppositions de cases vides et pleines, des remplissages noirs succédant à d'importantes surfaces blanches. Les procédés de figuration varient également avec alternance ou coexistence de contours, hachures et tâches. Cette hétérogénéité semble aléatoire mais participe bel et bien à la vibration émotionnelle du lecteur.
Edmond Baudoin est un artiste très
"cerveau droit", s'exprimant de façon très synthétique. Comme souvent, la spontanéité apparente est un leurre, ce qui parait jeté est avant tout médité.

Planche de La diagonale des jours

Cà ne vous fait pas penser à du Matisse ? (planche de La diagonale des jours). Baudoin fonctionne certainement à la "méthode japonaise" (qui était aussi celle de Matisse). Il regarde, mémorise et interprète les formes et dessine alors sans relever la tête. La technique du dessin d'observation la plus courante en Occident, et donc habituelle chez la plupart d'entre nous, est de faire des aller-retour du regard entre son dessin et son modèle.
Henri Matisse disait
"Quand j'exécute mes dessins (...) le chemin que fait mon crayon sur la feuille de papier a, en partie, quelque chose d'analogue au geste d'un homme qui chercherait, à tâtons, son chemin dans l'obscurité. Je veux dire que ma route n'a rien de prévu: je suis conduis, je ne conduis pas".
Cet état d'esprit est aussi celui de Baudoin.


Vignette de La danse devant le buffet
Baudoin a souvent réalisé plusieurs versions complètes de ses oeuvres (vignettes de La danse devant le buffet. A droite la première version, prépubliée, et à gauche la dernière, en album). Ce n'est même pas sûr que ce soit par seul soucis d'amélioration. Pour Baudoin, il existe une infinité d'images possibles pour chaque vignette et c'est sujet à explorations infinies. Ce qui est étonnant, c'est que ces répétitions (jusqu'à 6 fois ou plus) ne tue pas la spontanéité. C'est plutôt une lente maturation par le jeux des variations de cadrage, d'éclairage et de définition auquel se livre Edmond Baudoin.

Sources et copyrights: Astérix, Barbarella et Cie, Centre National de la BD (2000); http://www.pastis.org/jade/bedetheque/piero/piero.htm; http://www.regards.fr/archives/1998/199803/199803inv01.html; http://www.blabliblo.net/textes/baudoin.html; Les cahiers de la bande dessinée, N° 65  (1985) et 70 (1986)

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