PRATT: Les bédéistes en causent

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Franck, Lila, Jean-François et Jean-Jacques sont des accros d'Hugo Pratt et Corto Maltèse. Discussion au Café du commerce. Euh ! Non. A l'atelier BD des Coinceurs de bulles, un vendredi soir.

JF: Pratt, c'est une figuration simplifiée et allégée, à la Tintin, mais plutôt genre ligne claire-obscure, car il utilise beaucoup d'ombres propres et d'ombres portées pour créer des atmosphères. Bon, c'est quand même un dessin plus réaliste qu'Hergé.

Lila: Tant qu'à comparer avec Hergé, Raspoustine, c'est un peu le capitaine Haddock.

Franck: Dans la série des Corto Maltèse, il y a une évolution régulière du dessin. La Ballade de la mer salée est très travaillée. Mais dans le dernier; Mû, le dessin est un peu bâclé.

Lila: Dans Mû, les jambes de Corto virent au n'importe quoi et les filles louchent.

JJ: Ce qui m'épate dans le dessin d'Hugo Pratt, c'est que c'est pratiquement du croquis "brouillon" et que, malgré tout, on n'en a aucune frustration. En y regardant de près, les traits sont spontanés mais justes. C'est un dessin fini du premier coup. Il parait qu'il dessinait très vite. En une journée, il était capable de réaliser quatre planches !

Voiture hyper-réalisteJF: Hugo Pratt dessine vraisemblablement à la pointe tubulaire ou au feutre simple pour le trait et aux pinceaux ou au gros feutre pour les aplats. Ce qui est amusants, ce sont les véhicules. Ils sont très détaillés et hyper-réalistes, d'un style bien différents du graphisme d'Hugo Pratt. La juxtaposition des traits épurés de Pratt et ces véhicules, automobiles, bateaux, trains ou avions, où ne manque pas un boulon est étonnante. En fait, Pratt avait un assistant qui s'occupait de la "mécanique" dans ses BD (voir vignette ci-contre, tiré de Brise de mer).

 

JJ: Souvent, quand on dessine au stylo tubulaire, le dessin semble plat. Chez Hugo Pratt, le volume est créé par l'ajout d'ombres propres grossières mais efficace.

Vignette originale de Corto Maltèse en Sibérie  Vignette transformée de Corto Maltèse en Sibérie
Vignette de  originale (à gauche) et sans à l'ombre propre gommées (à droite).

Franck: Avant de faire Corto Maltèse, il avait fait des histoires de super-héros, un peu plus originaux que les super-héros d'époque, cependant. Corto, c'est un mélange de James Bond, d'Indiana Jones et d'anti-héros comme dans le cinéma Nouvelle Vague à la Godard.

Lila: Corto, c'est un vrai-faux marin, car il est bien souvent à terre.

Franck: Corto cultive toutes les dualités. Physique; avec son élégance un peu féminine. Intellectuelle; un jour terre à terre et le lendemain rêveur. Comme Hugo Pratt, il fréquente tous les milieux. Corto Maltèse, c'est l'ami des bons et des méchants. Hugo Pratt avait, lui aussi, des amitiés avec les fascistes et anti-fascites, dans l'Italie mussolinienne.

JJ: Quitte à être iconoclaste, j'ai parfois du mal à rentrer dans les histoires d'Hugo Pratt. L'intrigue m'apparaît souvent très lâche et a du mal à m'accrocher. C'est particulièrement le cas dans Les Scorpions du désert. Avec Corto Maltèse, peut-être parce que les deux protagonistes, Corto et Raspa, sont des personnages forts, j'accroche mieux. Mais, il faut quand même dire que l'on a pas à faire à des histoires classiques faites pour captiver le lecteur au premier abord. Par contre, le rythme lent des récits participe à l'atmosphère dans laquelle on peut se laisser porter.

Lila: Ce qui me plait, c'est le côté poétique des histoires et des textes. Parfois, on ne sait plus si c'est un rêve ou une réalité.

Franck: Mon préféré, c'est l'album Tango.

Pastiche de Franck
Corto pense à Lila, sous l'oeil de Raspoutine (pastiche de Franck)

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